Boutin menace les HLM au portefeuille
Logement . N'ayant pas réussi à faire plier les Offices HLM sur la vente, la ministre a évoqué la possibilité de s'en prendre au magot des organismes.
Lyon (Rhône), envoyé spécial.
Christine Boutin a perdu la bataille de la vente HLM, mais ne s'avoue pas vaincue pour autant. Jusqu'à hier matin, la ministre du Logement et de la Ville a tenté par tous les moyens, y compris la menace de recourir à la loi, d'arracher un accord collectif à l'Union sociale pour l'habitat (USH, qui rassemble les cinq familles d'organismes HLM). Son scénario idéal était d'annoncer, lors de son intervention de clôture du 68e congrès de l'USH à Lyon, que les organismes s'engageaient sur l'objectif de vendre 1 % du parc locatif social par an, soit 40 000 logements sociaux. Le refus ferme des Offices publics de l'habitat, pilotés par des élus, lui a enlevé tout espoir d'y parvenir.
diviser pour mieux régner
Mais la tentative a laissé des plaies profondes dans la famille HLM. Les ESH (ex-SA HLM) seraient en effet sur le point de signer un accord en solo. Certaines ont déjà commencé, ainsi qu'en témoigne l'annonce, mercredi, par le groupe Caisse d'épargne de s'engager sur la vente de 7 000 logements sociaux, soit 5 % du parc de 140 000 qu'il gère, dans les cinq années à venir. Au grand dam des centrales syndicales, cogérantes avec le MEDEF d'une bonne part des ESH, qui ont fait savoir leur opposition à tout « objectif chiffré », et qui remettent en cause, par la voix de Jean-Luc Berho, vice-président de l'UESL (Union d'économie sociale du logement), « la fragilité extrême » de leur représentation dans les instances décisionnaires.
L'ère de la cohabitation de raison semble désormais révolue au sein du mouvement HLM. Si la façade fait encore illusion, comme en témoigne le refus d'un accord collectif sur la vente, les murs de la vieille maison se sont profondément lézardés et menacent désormais de s'écrouler. D'autant que la ministre a fait comprendre, hier, qu'elle n'hésiterait pas à utiliser le fameux principe « diviser, pour mieux régner » afin de contourner leur refus.
augmentation
des surloyers
Ainsi, Christine Boutin a proposé aux organismes « désireux de s'engager sur des résultats concertés » - comprenez ceux qui s'engageront sur des objectifs de vente, de construction et de réhabilitation - des facilités diverses : « des priorités et des abattements significatifs pour l'acquisition du foncier public, des prêts superbonifiés à long terme de la Caisse des dépôts, et des mesures d'accompagnement fiscal et urbanistique ». Autrement dit : faites ce que je vous demande, et vous serez nourris. En revanche, « les bailleurs qui refuseraient de s'engager suffisamment (...), alors même qu'ils en auraient les moyens techniques et financiers » pourraient se voir ponctionner une partie de leurs ressources au profit des organismes plus conciliants. L'ambiance promet d'être chaude dans les prochaines réunions de l'USH.
Par ailleurs, Christine Boutin a affirmé sa volonté de recentrer le logement social vers les ménages les plus modestes. À la suite de Michel Delebarre, président de l'USH, elle a remis en cause le principe de maintien dans les lieux en proposant de renforcer les surloyers afin de diriger les ménages les plus aisés du parc social vers des logements en accord avec leurs revenus. Une mesure qui risque, elle aussi, de provoquer de vifs débats.
L'humanité-Le 21 Septembre 2007